Originaire de Calais, Isaac est le fils d’un industriel de la dentelle. Il s’installe à Paris à la fin des années 1870 et décide de devenir peintre, il suit pour cela les cours de Jean-Paul Laurens et commence bientôt à recevoir ses premières commandes. Il exerce cette activité jusqu’en 1895. Il est décorateur pour l’Art nouveau jusqu’en 1900 (il expose au salon de Paris, Liège ou Dresde) et consacre les 20 dernières années de sa vie à la gravure sur bois à la manière japonaise qu’il contribue à faire connaître en France (1).

La passion d’Alphonse Isaac pour l’estampe japonaise a pris naissance lors de l’exposition Louis Gonse à la galerie Georges Petit en 1883. Il fréquente les collectionneurs Théodore Duret, Edmond de Goncourt, Raymond Koechlin, ou Gaston Migeon, conservateur au département des Objets d’art du Moyen Âge, qu’il croise notamment lors de visites régulières chez les marchands Siegfried Bing.

Il est particulièrement intéressant d’étudier comment, dans le petit milieu des graveurs parisiens, se forme cette génération de précurseurs. Presque tous se connaissent, s’échangent techniques et conseils qu’ils transmettent à leur tour. Plusieurs fréquentent le cercle d’amateurs d’art oriental qui se réunit à Paris autour du joaillier et mécène Henri Vever (1854-1942). Isaac lance, avec d’autres, la Société des Amis de l’art japonais pour qui il créé des invitations.

Afin de développer sa technique, il se perfectionne, à partir de 1911, auprès de Yoshijiro Urushibara (1889-1953), arrivé de Londres en 1908 et devient l’un des plus fins connaisseurs de ce procédé. Il constitue une des plus importantes collections dans ce domaine et, soucieux de faire connaitre leur travail au plus grand nombre, rédige un article/manifeste en 1913 (2).

C’est sans doute à Londres qu’il croise Urushibara qui travaille, pour le compte de son employeur, la maison d’édition Shimbi shoin, aux démonstrations d’impression dans le cadre de l’Exposition anglo-japonaise de 1910 (3). Henri Vever s’y trouve également et ce fut sans doute à l’invitation de celui-ci que l’artiste Japonais se rend ensuite en France et rencontre les principaux graveurs de l’époque.

Grace à ce rare pastel, nous savons qu’ISAAC se rend à Londres en 1903. Nous ne connaissons pas les motivations exactes de ce voyage, cependant celui-ci répond à l’intérêt déjà ancien des artistes qui, appuyés par des marchands tel que Durand-Ruel, cherchent à y diffuser l’art Français. Nous y retrouvons cette atmosphère brumeuse et industrielle de la Tamise, souvenir intime dont l’artiste fit don comme semble l’indiquer la dédicace.

(1) Les principales informations biographiques sont tirées de l’article d’Émilie Vabre paru dans les Nouvelles de l’Estampe (Hiver 2011/2012)
(2) « La gravure sur bois à la manière japonaise », Art et Décoration, mai 1913, p. 155-162
(3) L’exposition anglo-japonaise de 1910 se tint dans le quartier de White City à Londres du 14 mai au 29 octobre

Prosper Alphonse ISAAC (Calais, 1858 – Paris, 1924)
« Waterloo bridge, effet de brouillard » – Pastel sur papier – 25,5 cm x 52 cm signé et dédicacé en bas à droite « Souvenir affectueux/P.A. ISAAC »
Situé et daté « Waterloo Bridge in the fog/1903 » en bas à gauche

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